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Cock Robin : le succès à vol d'oiseau

Les migrations ont ramené la mésange Anna et le roitelet Peter sur nos rivages pour une tournée qu'augurait au mieux leur triomphe à Paris. Avec leur nouveau 45 tours "Just around the corner", première échappée de leur second album "After Here Through Midland", ils se nichent à nouveau en haut des hit-parades. Un succès qui ne change en rien la chaleureuse personnalité de Peter Kingsbery.

Anna LaCazio, pulpeuse métisse mexico-chinoise, et Peter Kingsbery, texan d'Austin, se connaissent depuis huit ans quand ils décident de monter un groupe. S'ils ne se sont pas lancés plus tôt dans l'aventure, c'est par divergence de goûts musicaux. Le coeur d'Anna balance pour le rock and roll tandis que celui de Peter se pâme pour les grandes mélodies classiques. Las de galérer chacun dans leur coin, ils choisissent de conjuguer leurs talents. 

C'était en 1982. A Los Angeles, ils s'adjoignent Clive Wright, un guitariste anglais, et Lou Molino, un batteur trépidant de Philadelphie. Ils se baptisent Cock Robin, nom tiré d'une comptine du XVIIème siècle sur le mariage du roitelet Robin et de la mésange Jenny, et tournent en première partie de Billy Idol avant de sortir un premier album.

Terre d'accueil

Si leur pays les boude, Cock Robin décroche par contre en France un succès immédiat avec "When your heart is weak". Ils enchaînent avec le même brio par "The promise you made" et s'en avouent les premiers étonnés. "Le succès de Cock Robin est venu dans ma vie plus tard que je ne pensais. J'écris des chansons depuis très longtemps, mais il a fallu que j'attende mes trente ans pour qu'on leur prête attention. Etre reconnu en France, c'était incroyable et très agréable".

D'autant plus que Peter est un passionné de culture française. Il se sent désormais à Paris comme chez lui, et y trouve même l'inspiration pour écrire certaines de ses chansons. Son premier concert parisien, Cock Robin le donne à l'Olympia et conquiert le public haut la main. Dans le fond de la salle, un auditeur de marque : Jean-Jacques Goldman. Favorablement impressionné, c'est ce groupe qu'il choisit pour l'accompagner en première partie de sa tournée d'été 86. Au sein de Cock Robin, la peur du terrorisme a engendré quelques remaniements. Lou Molino a préféré rester à l'abri des bombes éventuelles ; il est remplacé par Bryn Mathieu. Pour les autres membres du groupe, cette tournée est une chance qu'ils entendent bien saisir. "La réaction du public a été formidable, se souvient Peter, alors qu'il n'était pas venu spécialement pour nous voir. Jean-Jacques Goldman nous a également beaucoup soutenu. Il assistait à notre show, en coulisses, tous les soirs sans exception. C'était fantastique de sa part". C'est là que se scelle leur amitié. "Nous nous entendons à merveille. Jean-Jacques ne cesse de me surprendre. Nous sommes environ du même âge et avons chacun beaucoup galéré avant de connaître le succès. Nos expériences similaires nous rapprochent, même si aujourd'hui il est beaucoup plus populaire que Cock Robin en France. Il m'a donné de très bons conseils".

Formule magique

Aujourd'hui Cock Robin nous revient avec un second album tout aussi précieux que le précédent. Du groupe d'origine ne reste néanmoins que le duo fondateur, Anna et Peter. Le batteur et le guitariste sont partis se vouer à d'autres saints. "Pour des raisons différentes, explique Peter. Le batteur ne voulait pas venir en Europe, or c'est là que nous sommes célèbres. Nous avons donc mis fin à notre collaboration. Quant au guitariste, très honnêtement, il n'aimait pas mes nouvelles chansons. Notre association musicale était parfaite, il pouvait presque lire dans mes pensées. Mais il me fallait quelqu'un qui apprécie mes compositions et qui accepte de les travailler. Ce second album a finalement été une grande aventure : des musiciens avec lesquels je n'avais jamais travaillé, un producteur dont je n'étais pas sûr. C'était très risqué, un véritable pari, mais qui s'est révélé très positif".

Le producteur en question n'est autre que Don Gehman, connu pour son travail avec John Cougar Mellencamp et REM. "Il était déjà intéressé pour produire notre premier album, mais à l'époque nous avions refusé. Puis il est venu spécialement à Paris pour notre concert à l'Olympia. Ce geste a beaucoup compté pour notre collaboration. D'autant plus qu'il a aimé notre prestation. En une semaine, nous avons passé en revue toutes mes nouvelles chansons et en avons sélectionné sept. J'en avais beaucoup plus, mais elles n'étaient pas adaptées à ce disque. Un album, c'est comme une peinture, on choisit les couleurs qui vont bien ensemble. A cet égard, notre travail avec Don Gehman a été très bénéfique. J'aime le sentiment qui se dégage de "After Here Through Midland". Je peux l'écouter en son entier avec grand plaisir. Je veux désormais continuer dans cette voie, avec le même producteur peut-être. S'il n'est pas trop demandé..."

Quant aux nouveaux musiciens, ils resteront ou pas. La formule reste ouverte. "J'aime le changement, souligne Peter. Or changer la musique d'un groupe est ce qu'il y a de plus difficile. Continuer à travailler avec de nouveaux musiciens peut nous aider dans ce sens. C'est toujours intéressant et enrichissant d'entendre ce qu'ils font de ta musique et ce qu'ils en pensent. Je ne leur impose rien, je n'aime pas devoir jouer les dictateurs".

Message personnel

De "Just Around the Corner" à "Coward's Courage", les nouvelles chansons de Cock Robin sont toujours empreinte de la même tristesse, d'une douceur poignante que soulignent à merveille les voix entrelacées d'Anna et de Peter. Pour chanter l'amour, souvent impossible ou malheureux. "Je conçois une chanson comme un dialogue en tête-à-tête. Je m'adresse à quelqu'un, c'est plus intime, même si ce stade est dépassé par l'audience que reçoit la chanson".

Une correspondance ensorcellante dont nous avons goûté tout le charme lors de leur récent concert au Zénith. "On est un peu anxieux comme à chaque nouvelle étape que franchit Cock Robin", avouait Peter quelques jours avant le show. Il n'avait aucun souci à se faire. Personne n'a songé un seul instant à regretter l'intimité d'une plus petite salle. Dans un décor raffiné, devant une salle comble et enthousiaste, Cock Robin a su donner à son répertoire une toute nouvelle dimension. Tubes revisités, reprises somptueuses d'originalité, sur lesquels Anna, dans ce style de gitane à capeline qui lui sied, ondule et sautille. Tandis que Peter, parfaitement secondé par son groupe, déroule ses mélodies avec autant de soin que de spontanéité. De sa voix magique qui frôle le désespoir, il nous entraîne dans son univers nuancé. Entre rêve et tristesse, légèreté et introspection, l'assurance d'une riche plénitude.

Sylvie DEVILETTE