[retour]

Duo sur canapé

Cock Robin occupe une situation bien assise dans les hit-parades européens, que leur dernier album "After here through Midland", semble confirmer. Pourtant l'Amérique, leur pays d'origine, semble bouder leur talent. Peter et Anna s'en expliquent pour Podium.

Il est 10 heures du matin lorsque je retrouve Anna au bar d'un petit hôtel en plein Pigalle. Il faut bien l'avouer, à la rédaction du journal, nous avons un petit faible pour le duo californien, et c'est environ le quatrième reportage que nous faisons sur eux cette année. 

Là je voulais en savoir plus sur ces allers et venues répétés entre Los Angeles et Paris. Qu'y avait-il de si intéressant chez nous pour en arriver à squatter les hôtels parisiens six mois par an ? Anna s'assit dans un sofa, après m'avoir fait un "hello, nice to see you" traditionnel. L'absence de Peter m'intriguait. "Rassure-toi, me dit-elle, il a une crise de foie terrible, il est écroulé dans sa chambre, au bord de l'agonie." 

Mon interview débutera donc sans lui. "Alors cette tournée européenne, plutôt réussie, non ?" "Nous sommes emballés, me dit-elle. Depuis la première partie de Jean-Jacques Goldman il y a deux ans, nos rapports avec le public français ont toujours été merveilleux, nous le trouvons enthousiaste et chaleureux. La France a toujours été notre pays fétiche, même si cela fonctionne aussi bien partout en Europe". 

J'embraye aussi sec sur leur carrière américaine. Honnête et très directe, Anna me répond que les ricains trouvent que leur musique est trop acidulée. "J'ai horreur des étiquettes, me dit-elle, mais là-bas nous sommes classés comme "middle of the road". Traduction : le style de musique qui ne s'engage pas vraiment, écoutable par tous, en un mot, de la bonne variété. Pourtant, nos deux compères ne semblent pas chagrinés par cet état de choses. "Tu sais, Peter est un fou de musique, il écoute de tout : du funk, du jazz et même du country style. Personnellement, j'adore ce qu'il compose". 

Ayant envie de mettre les pieds dans le plat, j'aborde le côté un peu mou du dernier album. "Vraiment, ça manque de punch et de guitare rock dans tout cela". Anna semble d'accord avec moi. "Mais tu sais, me répond-elle, nous avons choisi un producteur pour avoir une unité de son tout le long de l'album, et puis Peter avait son idée et rien ne pouvait le faire changer d'avis. Par contre, les textes qu'il m'a fait chanter sont tellement beaux que j'ai pris beaucoup de plaisir à la réalisation de tous ces titres. Et pourtant, Dieu sait si je déteste le travail en studio : ma vie c'est la scène."

Sur ce, Peter arrive, le teint un peu vert, mais le devoir reprenant le dessus, il se mêle à notre interview. "Peter, n'aimerais-tu pas, pour le plaisir, écrire pour un grand nom, genre Tina Turner ou Rod Stewart ?" "Oh, tu sais, je serais très flatté mais je n'ai eu aucune proposition. Par contre, j'adore faire des reprises des gens que j'aime sur scène. Mon idole, c'est Bob Dylan". Anna rit dans son coin car elle craque pour Bruce Springsteen, mais n'a jamais osé reprendre un titre du boss sur scène. Et pour cause, elle n'a pas vraiment le physique d'un bûcheron. 

Cette entrevue touchait à sa fin, nos amis ayant encore une longue tournée de promotion télé à accomplir et l'état de santé du pauvre Peter n'ayant pas l'air de s'améliorer. Je décidais donc de terminer par la question bateau : "Quels sont vos projets ?" Et la réponse alla au-delà de mes espérances : Anna me dit que Peter avait décidé de faire du tourisme dans le Sud de la France pour essayer d'y découvrir ces fameuses racines françaises qui germent en lui. Anna me regarda d'un air malicieux et me dit qu'elle ne pensait qu'à travailler les tournées, c'était sa drogue. "Pourtant, m'avoua-t-elle en se levant, tu sais je rêve de faire du tricot et de la cuisine, tranquille chez moi et de choyer l'homme que j'aime". Peut-on en savoir plus ? Non, bon, tant pis. Ce n'est pas grave, dans trois mois nos deux amis seront certainement de retour à Paris. Et peut-être pourrons-nous en connaître un peu plus sur la vie sentimentale du duo le plus charmant de la côte californienne.

Jean-Patrick Gamet