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"si ça continue, on s'installe en France !"

R & F : Alors, Cock Robin, heureux de se retrouver au pays ?

PETER : Oui, c'est tout à fait ça : revenir sur le sol français nous donne l'impression de retrouver notre famille. C'est plutôt bizarre ! Mais il est vrai que la France nous a réservé pour notre premier album un accueil assez incroyable et que nous y avons pas mal tourné pendant assez longtemps. De fait, nous nous y sommes fait pas mal d'amis que nous prenons plaisir à retrouver. Nous avons fait du surf à Biarritz avec toi l'année dernière, nous avons été invités à des fêtes par des gens que nous avons rencontrés à Paris ou en province... Ce n'est pas toujours donné à un groupe étranger dans un nouveau pays.

R & F : Cette fois-ci, vous faites une tournée en tête d'affiche plus deux concerts au Zénith. Avez-vous décidé vous-mêmes de l'orientation de cette tournée ?

PETER : De loin, de trop loin car nous étions aux Etats-Unis. La seule chose que j'aurais préféré aurait été de jouer plusieurs soirs de suite à l'Olympia plutôt qu'au Zénith que j'estime être trop froid par rapport à ce que nous représentons et à notre musique. Cela s'avère difficile à réaliser et c'est dommage car j'ai un très bon souvenir de notre concert à l'Olympia qui est, en quelque sorte, le lieu idéal pour nous.

R & F : Le Cock Robin version 87 est différent du précédent par plusieurs aspects. Premièrement, du point de vue de sa composition.

ANNA : Maintenant, Cock Robin est avant tout un duo. Peter et moi. C'est beaucoup plus simple pour énormément de raisons et il est vrai que nous sommes également les fondateurs du groupe. Mais nous avons besoin d'un vrai groupe derrière et, là aussi, il y a du changement. En fait, tous les musiciens ont changé et nous travaillons avec une toute nouvelle équipe.

R & F : Déjà lors de votre tournée l'année dernière en compagnie de Goldman, votre batteur au look de clown, Louis Molino, était absent.

ANNA : Pour une raison très bête : c'était l'époque du début de la vague d'attentats en Europe, principalement en France, et il a eu peur de prendre une bombe sur les lunettes ! Il a été influencé par la campagne de presse qui présentait alors Paris comme la banlieue de Beyrouth. Nous avons dû prendre un remplaçant et il est vrai qu'à notre retour en Californie, ce n'était plus pareil. Cette réaction de Lou a été à la base du changement général intervenu par la suite.

R & F : Le second changement de taille est le choix du producteur : Don Gehman, celui de REM et de John Cougar.

PETER : Nous voulions garder les mélodies et tout ce qui caractérise Cock Robin, mais trouver un son plus rock. Nous avons tout de suite pensé à Gehman car nous aimons son travail et nous avons estimé qu'il nous conviendrait parfaitement. En fait, si nous sommes contents du résultat, les séances ont été assez compliquées car Don nous a soudain annoncé que l'on devait arrêter et reprendre plus tard : il avait l'album de Cougar à faire ! Cela nous a pas mal contrariés et a coupé nos élans, mais tout s'est bien terminé.

R & F : Quelles sont, d'après vous, les qualités de cet album, par rapport au précédent ?

PETER : D'abord la sonorité, mon écriture que j'estime s'être affinée, avoir gagné en cohésion, et la complémentarité entre Anna et moi, surtout au niveau des vocaux. Nous avons fait particulièrement attention au mélange de nos deux voix et je trouve que l'on peut le ressentir sur l'album.

R & F : Vous êtes célèbres en Europe et quasi inconnus chez vous. Vous satisfaisez-vous de cet état de choses et qu'en est-il de votre maison de disques ?

ANNA : Bien sûr, ce serait bien agréable d'être plus reconnus chez nous mais il est déjà plaisant d'avoir un public comme celui que nous nous sommes fait ici. Quant à CBS, il est un fait qu'ils nous ont mis pas mal de pression dessus, nous certifiant qu'ils connaissaient la recette pour marcher aux USA, alors que nous savions exactement ce que nous voulions mettre sur les bandes. Ils n'ont d'ailleurs pas désarmé car, au moment où je te parle, ils ont décidé de remixer "Just around the corner" pour un maxi destiné au marché US sans que je puisse intervenir puisque je suis en Europe. J'avoue que ça me met les nerfs ! De plus, peut-être que nous faisons de la musique destinée à la mentalité européenne et que le public américain n'accrochera jamais. Allez, si ça continue, on s'installe en France !

Alain GARDINIER