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Goldman / Cock Robin : le choc de l'été

Rencontre au sommet cet été sur les scènes de France. Goldman a entraîné dans son sillage le groupe américain Cock Robin. Salut ! toujours à l'affût était bien entendu sur place.

Question : que se passe-t-il quand une vedette de la musique flashe sur les talents d'un jeune groupe qui a déjà conquis le grand public avec des tubes en béton armé ?

Réponse : la vedette embarque les débutants dans son cortège et leur fait voir du pays de manière originale, une tournée. Inutile de vous faire lanterner plus longtemps, vous aurez bien sûr reconnu les protagonistes de cette affaire. Pendant dix jours, des côtes de l'Atlantique aux rives de la Méditerranée, Goldman, notre rocker national, a parrainé les américains de Cock Robin lors de son tour de France estival, "veiller tard en juillet". 

On a bien souvent du mal, côté public, à imaginer le nombre de personnes et le matériel qu'implique une tournée de grande envergure. Les organisateurs du spectacle de Goldman, Réalistic Prod., n'y sont pas allés avec le dos de la cuillère. Les Rolling Stones, David Bowie et autre Stevie Wonder n'avaient certainement pas de plus beaux plateaux ! Pour ces dix jours à travers le sud de la France, 115 personnes sont employées : les deux groupes, un homme médecine, le personnel de sécurité, les roadies et les techniciens éclairagistes (des anglais, ceux qui avaient fait les lumières sur la tournée Dire Straits), les organisateurs et le service administratif, et enfin un service de catering anglais (une cantine ambulante). Gasp ! la british food est pourtant loin d'être réputée l'une des plus savoureuses du monde ! 

Sans parler du matériel, le grand luxe... : 9 semi-remorques de 38 tonnes qui transportent le décor (créé par une société anglaise) d'étapes en étapes, 5 bus pour les techniciens et Cock Robin (attention, pas des autocars, non, non, non, des bus ultra-confort de fabrication britannique avec couchettes, douches, toilettes, climatisation, hifi et système de vidéo) et enfin 2 petits avions de 8 places, des Beershraft King R pour Goldman et ses musiciens... Impressionnant, non ? 

Oui, mais cela fait tout de même beaucoup de matériel anglais pour un spectacle supposé être français. "Attention ! Que l'on nous comprenne bien, explique Thierry Suc, l'un des organisateurs... Si tant de matériel est anglais, c'est tout simplement que ça n'existe pas en France, tant pour les bus que pour les roadies ou les éclairagistes ! Il faut bien constater que les britanniques ont beaucoup plus l'habitude de ces grandes tournées et sont par conséquent bien mieux organisés ! Quant à la nourriture anglaise (rires), c'est vrai, cela surprend un peu, mais une fois de plus, les Flying Saucers (les soucoupes volantes) sont une véritable société organisée et rien de tel n'existe en France... En plus, manger anglais pendant 10 jours nous faisait plutôt rire..." Et c'est même plutôt bon ! "Nous avons une équipe formidable, poursuit-il... Elle fournit un travail épuisant sur une semaine..." Qu'on se le dise, le rock'n roll à tous les niveaux n'a rien d'un métier reposant. Voici pour l'exemple, l'emploi du temps d'une journée de concert. 

Dès le matin, très tôt, les roadies montent et fixent la scène puis, c'est au tour des éclairagistes de régler les lumières dans l'après-midi, les musiciens font le sound-check, ou balance en français, et jouent. Après le concert, il faut tout démonter, ranger, charger dans les semi-remorques et tailler la route car le lendemain il y a une autre ville, un autre concert. "Nous sommes en train de filmer un reportage sur cette tournée, continue Thierry Suc, mais plutôt que d'avoir des chansons sur scène, Jean-Jacques a préféré que l'on dévoile tous ces aspects méconnus. Le film est réalisé par son ami Bernard Schmitt qui avait déjà dirigé le clip de la chanson "Pas toi", et sera diffusé à la télé bientôt. Il y a un disque aussi, un album live enregistré sur ces 10 dates, prévu pour la rentrée."

Et Jean-Jacques Goldman dans tout cela, finalement on n'en parle pas beaucoup... C'est là justement sa propre volonté. Réservé, discret, timide même, il ne se montre pas beaucoup et n'arrive sur place que peu de temps avant l'heure de la balance. Avant, il se repose à l'hôtel, ou si l'occasion se présente, échange quelques balles avec son ami et batteur Jean-François. Ne craignez rien, Goldman n'est pas du style à faire des plans star face à ses musiciens. Il fait partie au même titre qu'eux de cette grande équipe, partage les repas au catering, discute avec tous. D'ailleurs, si cette tournée a été baptisée "veiller tard en juillet" il y a une bonne raison...

Goldman ne veut pas que l'on oublie ses musiciens (bien souvent il les met en avant, comme pour le duo avec Michael Jones "Je te donne") et sa première partie : Cock Robin. "Cette tournée ressemble davantage à des vacances, confie Peter Kingsbery, chanteur extraordinaire du groupe. Presque une visite touristique. Je suis complètement fasciné par les arènes et tous ces lieux antiques que nous découvrons... C'est magnifique !" A ces mots, le texan se retourne et contemple émerveillé les arènes gallo-romaines de Nîmes qui, coincées au milieu de la ville, s'élèvent dans la lumière crue de cette chaude journée d'été. "Nous prenons beaucoup de plaisir à jouer l'ouverture du spectacle de Jean-Jacques Goldman, poursuit Peter. C'est la première fois que l'artiste tenant le haut de l'affiche nous respecte et nous considère réellement comme des guest-stars (invités vedette). D'ordinaire, aux Etats-Unis en tout cas, les groupes de support sont toujours méprisés. Nous en avons fait l'expérience ! Jean-Jacques nous a dit qu'il aimait notre musique. Chaque soir, il s'installe dans un petit coin de la scène lorsque nous jouons devant le public". 

Cock Robin est sur la tournée "Veiller tard en juillet" beaucoup plus qu'une simple première partie pour Goldman. Le groupe ne voit pas son tour de chant se limiter aux traditionnelles 30 minutes, mais donne un véritable petit concert de 3/4 d'heure (pendant lesquels il interprète les deux tubes "When your heart is weak" et "The promise you made" : délire du public) avec pour les bons soirs un rappel de deux chansons. Profitant de leur présence dans la région, les quatre anglo-saxons se livrent à "un tas d'activités de promotion, selon Clive Wright, guitariste et seul européen du groupe, des interviews pour la presse et les radios locales, ou alors des séances de signature de disques dans les magasins. Ici, à Nîmes, cela s'est bien déroulé, mais la dernière fois en Bretagne, c'était une véritable cohue !".

Cock Robin aime la France, chacun de ses membres n'a cessé de le répéter. Mais le plus heureux des quatre est tout de même leur batteur intérimaire Bryn Mathieu (et non Michael Bryn comme nous l'avions écrit dans nos colonnes par erreur). "Tu sais, c'est drôle, me raconte Bryn dans un français tout à fait correct, j'étais déjà venu ici il y a treize ans quand j'habitais Aix-en-Provence avec mes parents. Ca m'est revenu tout à coup ce matin quand nous sommes entrés dans la ville. Je me suis écrié dans le bus : "Oh ! mais je connais cet endroit. Je me souviens très bien d'avoir visité le sommet des arènes et cet autre monument de l'époque romaine (la maison carrée, NDLR). Cette tournée est ma toute première et en me promenant tout à l'heure, je me suis rappelé que c'est ici, en France, que j'ai voulu devenir batteur. Avec les copains et mes frères, on avait monté un petit groupe à Aix et je m'étais mis à la batterie... enfin, derrière un tambour, une cymbale et un bidon vide de lessive". 

Souvenir, souvenir ! "Depuis que nous sommes arrivés dans le sud de la France, continue Bryn, je suis à la recherche de la véritable cuisine provençale, comme celle que je mangeais adolescent. Mais les restaurants ne la servent plus. Dommage !".

Et après la tournée ? Les américains de Cock Robin retourneront aux Etats-Unis enregistrer leur prochain album. "On l'aurait bien fait ici, mais Anna veut absolument rentrer aux States, avoue Peter". Quant à Jean-Jacques Goldman, il collaborera pour trois chansons avec Johnny Hallyday. De quoi nous réjouir pour cet hiver.

Cécile Tesseyre