Ce samedi pluvieux j'avais pour mission d'aller interroger les membres de ce nouveau groupe américain qui commence à faire tomber les dollars. A l'Intercontinental, pas de gorilles princiers pour protéger la jolie Anna LaCazio, chanteuse et claviériste, entourée de ses musiciens aux figures étonnantes.

Peter Kingsbery, compositeur et bassiste habillé à la mode de son pays (Austin/Texas), Lou Molino, batteur sosie de Tintin, caché derrière de larges lunettes et Clive Wright, guitariste blond exilé de Bath en Angleterre. Les quatre attendaient complaisamment en sirotant des jus de fruits, jonglant entre séances photos et interviews. Quand vint mon tour d'interrogatoire, les Cock Robin semblaient avoir repris un peu d'énergie et n'avaient d'yeux que pour mes bottes western cerclées de métal.

Peter : Elles sont superbes, tu les as achetées aux USA ?

Dirty Harry : Non mon pote, elles viennent juste des Puces de Clignancourt. A part ça, dites-moi un peu d'où vous venez ?

Anna : Je suis de Californie, Lou de Philadelphie, Clive d'Angleterre et Peter du Texas. Nous nous sommes formés en 81 et avons beaucoup tourné avant d'enregistrer ce premier album.

D.H. : Pour des petits jeunes, quel effet ça vous procure de jouer en première partie de Billy Idol ou de Bryan Adams au Madison Square Garden ?

Anna : Contrairement à son image, Billy est un vrai gentleman, il nous a beaucoup aidé en s'intéressant à notre musique. Il a de la générosité à revendre. Bryan nous a beaucoup plu aussi mais nous préférons la musique de Billy. Pendant les tournées, nous avons fait de grands stadiums mais le MSG est pour nous la salle la plus prestigieuse dans laquelle nous avons joué.

D.H. : Pourquoi avoir choisi Steve Hillage pour produire votre album ?

Anna : Nous connaissons sa musique, c'était une influence de longue date pour Clive. Nous l'avons rencontré et notre musique lui plaisait. Une grande familiarité s'est installée entre nous, presque instantanément. De plus, il est devenu aujourd'hui un très bon producteur. 

D.H. : Votre musique, vous la définiriez comment ?

Peter : Nous sommes un "lyrical power pop band". Une sorte de combinaison entre le rock and Roll, la Country Music, la British Music et le R&B. Nous voulons être pop en espérant nous différencier des groupes trop insipides comme Duran Duran. Nous serions plus proches de Katrina and the Waves par exemple avec qui nous avons déjà fait des shows. Essayer d'écrire de bons textes reste une de mes préoccupations majeures.

D.H. : Vous avez une vidéo extraite de l'album ?

Anna : Nous avons tourné celle de "When your heart is weak" dans le désert avec de beaux mouvements de caméra et un excellent directeur de photographie. C'est nécessaire d'avoir une vidéo pour entrer dans certains circuits mais je crains que ça ne rendent les gens feignants et ne dénature un peu la chanson, son écriture et son pouvoir émotionnel.

D.H. : Excepté vous, vous écoutez quoi ?

Peter : Ce qui nous plaît le plus en ce moment s'arrête à Tears For Fears, Talking Heads, Bryan Ferry, Dire Straits et Billy Idol.

D.H. : Ca vous amuse de venir en Europe pour poser et causer sans toucher à vos instruments ?

Peter : C'est la première fois que la chose se présente. C'est une manière de tâter le terrain et nous comptons bien venir jouer ici en mai. Puisque ce genre de démarche semble être obligatoire, nous préférons nous y tenir en étant sûr de ne pas jouer prématurément.

Laissant Cock Robin à leurs ébats promotionnels, je retournais à la nuit pluvieuse en me disant que ces gens pouvaient nous réserver de bonnes surprises, à la hauteur de cet album rafraîchissant. D'autant que le charme d'Anna, jupe sexy et talons hauts, cheveux de jais et regard câlin, ne démentait pas les promesses de la pochette.

Dirty Harry